Le monde judiciaire a perdu l’un de ses plus brillants défenseurs. Jean-Pierre Versini-Campinchi, avocat au barreau de Paris, s’est éteint le 12 octobre 2023 à l’âge de 83 ans. Surnommé affectueusement « Tonton » par ses proches, il était connu pour son franc-parler, son courage inébranlable et son sens aigu de la justice. Ce ténor du barreau, reconnu pour son audace, a marqué le droit pénal français par des interventions marquantes dans des affaires médiatiques et des arrêts jurisprudentiels majeurs.
Un parcours marqué par le courage et l’audace
Jean-Pierre Versini-Campinchi a incarné tout au long de sa carrière une vision intrépide du métier d’avocat. Comme le soulignait Robert Badinter, « chez l’avocat, le courage est tout », une citation qui semble résumer à la perfection l’héritage que laisse Versini-Campinchi.
Avocat en contentieux commercial et en droit pénal des affaires, il a su naviguer dans les méandres des procédures complexes avec une intelligence rare, n’hésitant jamais à remettre en cause les pratiques établies pour défendre les droits de ses clients.
Vincent Nioré, vice-bâtonnier de Paris, se souvient de lui comme d’un avocat capable de prendre « tous les risques au nom de l’exercice des droits de la défense, osant des choses insensées ». Jean-Pierre Versini-Campinchi n’a jamais renoncé à un combat, comme l’atteste son propre mantra : « Pas déshonorant de perdre, il l’est de renoncer au combat ». Cette philosophie l’a guidé tout au long de sa carrière et lui a valu une réputation de « dynamiteur » de la procédure judiciaire.
Des affaires retentissantes et un héritage jurisprudentiel
Durant sa carrière, Jean-Pierre Versini-Campinchi a plaidé dans des affaires emblématiques qui ont marqué l’histoire judiciaire. Il a notamment défendu des personnalités publiques telles que Jean-Christophe Mitterrand dans l’affaire de l’Angolagate, François Fillon, Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby, ainsi que Maurice Agnelet dans l’affaire Agnès Le Roux. Cette dernière affaire lui avait permis d’obtenir l’innocence de son client en première instance.
Parmi ses succès les plus notoires, on peut également citer l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 16 juin 2016, portant son nom (Versini-Campinchi et Crasnianski c. France), qui a statué sur la légalité des interceptions téléphoniques entre un avocat et son client. Cet arrêt a eu des répercussions majeures sur la protection des droits de la défense en France et en Europe.
Son audace procédurale s’illustre également dans d’autres affaires, telles que celle du financement du Parti communiste dans les années 1990, où il obtint la récusation de la présidente de la chambre correctionnelle, ou encore celle d’un promoteur accusé de corruption à Grasse, où il fit récuser le juge d’instruction. Jean-Pierre Versini-Campinchi n’hésitait pas à utiliser toutes les armes juridiques à sa disposition pour défendre ses clients, ce qui lui valut une réputation de « multirécidiviste » dans l’art de pousser les procédures jusqu’à leurs limites.
Une personnalité marquante, entre panache et élégance
Au-delà de ses compétences juridiques, Jean-Pierre Versini-Campinchi était également un homme de panache et d’élégance. Son ami Pierre Coppey, président de Vinci Autoroutes, se souvient d’un homme d’une « intelligence humaine exceptionnelle », capable de soutenir ses amis dans les moments difficiles. Cet esprit solidaire et bienveillant, qu’il surnommait « le remonte-pente », le rendait aussi redoutable dans les rapports de force judiciaire que proche de ceux qui l’entouraient.
Ses amis et confrères décrivent une personnalité complexe, à la fois Corse et Antillais de cœur, mais profondément attachée à sa terre d’origine, l’Aisne et le chemin des Dames. Jean-Pierre Versini-Campinchi portait en lui les stigmates de l’histoire tourmentée de cette région, comme un écho aux combats judiciaires qu’il a menés tout au long de sa carrière.
Un dernier hommage
À l’annonce de son décès, la bâtonnière de Paris, Julie Couturier, a salué sa mémoire en déclarant : « Avocat courageux, il n’hésitait pas à prendre des risques et à défendre les causes les plus difficiles. Nos pensées affectueuses vont à sa famille, à ses proches, à ses associés et à ses collaborateurs. »
Jean-Pierre Versini-Campinchi laisse derrière lui une carrière marquée par l’audace, le courage et l’engagement pour la justice. Il restera à jamais l’un des derniers géants du barreau pénal, un avocat qui a su repousser les limites de la défense avec brio, tout en marquant ses contemporains par sa générosité et son humanité.

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